Mondher Khabcheche (FTUSA) : « De la résilience silencieuse à l’innovation dynamique, le futur de l’assurance tunisienne »

Mondher Khabcheche : Une vision audacieuse pour l’assurance tunisienne

À l’aube d’un nouveau chapitre pour le secteur de l’assurance en Tunisie, Mondher Khabcheche, le président de la FTUSA, propose une approche renouvelée pour l’ensemble des acteurs du marché. Sous sa direction, la fédération vise à dépasser les défis actuels en matière de résilience silencieuse pour embrasser une innovation dynamique. Cette transition est essentielle, non seulement pour moderniser les pratiques existantes, mais aussi pour répondre aux évolutions des risques et des attentes des assurés.

En prenant la présidence de la FTUSA, Mondher Khabcheche s’inscrit dans un parcours déjà engagé vers la transformation digitale du secteur. Le marché a connu une croissance fulgurante, passant de 1,5 milliard de dinars en 2014 à 3,8 milliards en 2024. Pourtant, cette augmentation quantitative soulève des questions sur la qualité des produits et services offerts. La dépendance persistante à l’assurance automobile, qui représente encore 40 % du chiffre d’affaires, souligne la nécessité d’une diversification des offres. Khabcheche est conscient qu’un secteur basé uniquement sur le potentiel automobile ne peut s’épanouir durablement.

Pour Khabcheche, l’un des principaux défis réside dans la culture du consommateur tunisien, qui hésite encore à investir dans des produits d’assurance diversifiés en dehors de la pierre. Avec des incitations appropriées, notamment fiscales, il est possible de surmonter cette mentalité. À travers une campagne de communication ciblée et un dialogue ouvert, le secteur doit faire comprendre aux assurés l’intérêt des produits d’assurance et la sécurité financière qu’ils peuvent offrir.

Les enjeux réglementaires et institutionnels actuels

La transformation vers l’innovation dynamique doit s’accompagner d’une réflexion en profondeur sur le cadre institutionnel et réglementaire du secteur. La prévention active contre des risques tels que les catastrophes naturelles, la cybercriminalité et les risques systémiques doit devenir une priorité. Khabcheche propose un partenariat public-privé, un cadre qui encouragerait la collaboration entre les compagnies d’assurance et l’État pour mieux gérer les catastrophes. Ce partenariat pourrait faciliter la création d’un mécanisme de couverture, où l’État prendrait en charge une première couche de risque, tandis que les compagnies d’assurance se chargeraient de la couverture complémentaire. La FTUSA est déjà en discussions pour initier une législation à ce sujet d’ici mi-2026.

Il est impératif que chaque entreprise se dote de moyens techniques adaptés pour évaluer les aléas liés au climat et aux événements naturels. Cela inclut l’innovation en matière de produits d’assurance, tels que l’introduction d’assurances indicielles pour les catastrophes. En fait, la transformation du cadre réglementaire permettant l’adoption de normes comme les IFRS 17 est également cruciale pour moderniser les processus comptables au sein des compagnies. Les compagnies d’assurance doivent investir dans la technologie pour leurs systèmes et leurs équipes afin de répondre efficacement aux attentes évolutives du marché.

Le rôle de la digitalisation dans le secteur assurantiel tunisien

Un des enjeux centraux pour l’avenir de l’assurance en Tunisie est clairement lié à la transformation digitale. La digitalisation est non seulement un impératif stratégique, mais elle se présente également comme une réponse appropriée aux nouvelles demandes des consommateurs. Avec l’avènement d’outils technologiques innovants, les compagnies d’assurance peuvent transformer la manière dont elles interagissent avec leurs clients. Khabcheche appelle à l’élaboration d’un écosystème numérique unifié, intégrant les différentes instances, afin de faciliter l’accès à l’information pour les assurés.

Cet écosystème devrait inclure des services comme l’attestation d’assurance auto numérique, l’e-constat et d’autres mécanismes de gestion des sinistres de manière dématérialisée. Ce processus permettrait un gain d’efficacité immédiat, tout en modernisant l’image du secteur. En effet, en ayant accès à des données précises et en temps réel, les assurés bénéficieraient d’une expérience client sans précédent, ramenant rapidement la confiance au cœur des relations assur étales. Plus un assuré est informé, plus il est satisfait et engagé vis-à-vis de son assureur. En offrant un règlement rapide des sinistres, la FTUSA souhaite redéfinir la perception du secteur : un gage de sécurité et non plus un simple passage obligé.

Renforcer la confiance grâce à une gestion transparente

Khabcheche souligne l’importance de la transparence dans la gestion des sinistres. Un effort de communication accrue, qui permettrait aux clients d’être informés du statut de leurs demandes d’indemnisation en temps réel, pourrait considérablement réduire l’angoisse des assurés. La FTUSA œuvre à instaurer des pratiques transparentes, considérant que « la confiance se gagne par la preuve du paiement ». Actuellement, environ 6,4 millions de dinars sont versés quotidiennement aux assurés, et il est impératif d’en faire davantage pour que ces chiffres soient connus et reconnus par le grand public. Une communication stratégique et ciblée pourrait transformer chaque assuré en ambassadeur du secteur.

La mise en place d’un rapport de suivi pour chaque dossier de demande d’indemnisation est également un point fondamental pour restaurer la confiance. En offrant aux assurés des garanties quant à la rapidité des paiements, la FTUSA espère non seulement améliorer son image mais aussi le niveau de satisfaction des clients. Un client satisfait est le meilleur vecteur de publicité pour une entreprise.

Les perspectives de l’assurance-vie en Tunisie

L’assurance-vie a longtemps été perçue comme un produit secondaire en Tunisie, mais Mondher Khabcheche évoque une croissance significative dans ce domaine. Avec une taux de croissance annuel moyen de 15 %, le segment commence à attirer davantage d’épargnants. Le cadre fiscal, permettant une déduction de 100 000 dinars de l’assiette imposable, a répondu à une attente pressante des Tunisiens. Cette mesure a joué un rôle clé dans le dynamisme du marché, transformant l’assurance-vie en un levier fort d’épargne.

Ce modèle d’assurance-vie pourrait également devenir un outil de financement pour des projets d’envergure nationale, tels que les infrastructures et les énergies renouvelables. En favorisant les contrats collectifs, qui ne sont pas encore assez exploités, les compagnies doivent intensifier leurs efforts pour faire connaître les avantages de ces produits. En intégrant ces éléments dans leurs stratégies, les compagnies d’assurance vont pouvoir transformer ce produit en une offre phare pour attirer les épargnants. À terme, la croissance dans le secteur de l’assurance-vie peut également contribuer à la stabilité économique de la Tunisie.

Année Chiffre d’affaires (millions de dinars) Participation de l’assurance-vie (%)
2014 1,500 17
2024 3,800 30

Conclusion : Vers un avenir prometteur pour l’assurance tunisienne

Face aux défis qui se présentent, Mondher Khabcheche et la FTUSA semblent résolus à orchestrer un renouveau du secteur de l’assurance. Entre innovations dynamiques, gouvernance transparente et digitalisation, l’objectif est clair : restaurer la confiance des consommateurs et positionner l’assurance tunisienne comme un pilier de la finance et de la sécurité futures. La route à parcourir est semée d’embûches, mais avec l’engagement et la vision de Khabcheche, le secteur a toutes les chances de réussir sa transformation.